
Alors que l’équipe « commerce international » de PAA conclut l’année 2025 et s’apprête à publier son 150e rapport, elle propose une revue des principaux développements survenus au cours de la dernière année, ainsi que des perspectives sur le commerce mondial en 2026.
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Il est difficile de comprendre la dynamique commerciale de l’année sans tenir compte de la détérioration continue du système commercial multilatéral. L’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui était autrefois le pilier de la gouvernance mondiale du commerce, est entrée en 2025 dans un état de quasi-paralysie. L’organe d’appel étant hors service depuis 2019 et les États-Unis ne semblant pas disposés à soutenir sa restauration, l’organisation n’a pas été en mesure de remplir sa fonction principale : faire respecter le règlement contraignant des différends. Pour une économie de taille moyenne et dépendante du commerce comme celle du Canada, l’absence d’un système prévisible fondé sur des règles a considérablement accru les risques commerciaux et accéléré la nécessité de trouver d’autres voies.
Ce dysfonctionnement s’est encore aggravé depuis le début du second mandat du président Trump. Quelques jours à peine après son investiture, l’administration a réaffirmé son refus de toute contrainte pesant sur les mesures commerciales américaines, confirmant un basculement vers des droits de douane unilatéraux, des « mini-accords » sectoriels et un recours élargi aux exceptions fondées sur la sécurité nationale. Les analystes soulignent qu’il en résulte une fragmentation accélérée du système commercial mondial en blocs rivaux dominés par les États-Unis et la Chine, plaçant les puissances moyennes, dont le Canada, dans l’obligation de renforcer leurs mécanismes de protection.
Cet environnement difficile a façonné toutes les décisions commerciales importantes prises par le Canada tout au long de l’année 2025. La diversification initiée par le gouvernement Carney n’était pas discrétionnaire, mais plutôt structurelle et stratégique.
Compte tenu des tensions commerciales croissantes avec les États-Unis, le gouvernement canadien a consacré l’année dernière à diversifier de manière proactive ses relations commerciales et géopolitiques, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de son voisin nord-américain. Dans ce cadre, le premier ministre Carney a voyagé à travers le monde pour renforcer les partenariats stratégiques avec les alliés. Ce programme de déplacements intensif a permis au Canada et à ses partenaires de remporter plusieurs succès, comme l’ouverture de la voie à l’adhésion du Royaume-Uni au PTPGP, mais beaucoup reste encore à accomplir.
À l’approche de 2026, le paysage de la politique commerciale canadienne reste marqué par une incertitude contrôlée plutôt que par la clarté. L’étape la plus importante sera l’examen conjoint obligatoire de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique en juillet 2026, au sixième anniversaire de l’accord. Bien que cet examen ne déclenche pas automatiquement une renégociation, il ouvre la porte à des pressions politiques, à des révisions ciblées et, dans le pire des cas, à la possibilité d’un retrait si l’une des parties décide de donner un préavis avant 2036.
Des discussions préliminaires sont déjà en cours, et les industries canadiennes se préparent à d’éventuelles demandes américaines concernant les règles d’origine, les dispositions sur la main-d’œuvre, le commerce numérique et l’accès aux marchés spécifiques à certains secteurs. Même en l’absence de renégociation formelle, le processus d’examen lui-même crée de l’incertitude, particulièrement dans un contexte politique américain qui montre une préférence croissante pour les accords commerciaux transactionnels basés sur l’influence plutôt que pour les cadres globaux et réglementés.
Une autre source d’incertitude sera la dynamique politique créée par les élections de mi-mandat aux États-Unis. Compte tenu des revirements et ajustements observés depuis le début du deuxième mandat de l’administration Trump, il est possible que l’opinion publique américaine entraîne des modifications dans la politique tarifaire agressive en 2026. Pour le Canada, le véritable défi ne sera donc pas tant de respecter strictement les dispositions de l’ACEUM que de naviguer dans la dynamique politique qui entoure cet accord.
Au-delà de l’ACEUM, 2026 mettra à l’épreuve la durabilité de la stratégie de diversification du Canada. Le gouvernement Carney a indiqué qu’elle demeurera une priorité, de même que la poursuite des efforts visant à conclure ou faire progresser des accords avec le Mercosur, l’Indonésie, les Philippines et les partenaires de l’ANASE, parallèlement à l’approfondissement de la coopération sectorielle avec l’Europe, la région indo-pacifique et certains marchés émergents. On ne s’attend pas à un retour à une ère de méga-accords, mais à une stratégie mixte combinant des accords globaux lorsque possible et des accords plus restreints, axés sur l’industrie, lorsque la rapidité et la faisabilité politique sont prioritaires.
Le sommet du G20 à Miami, accueilli par les États-Unis en décembre 2026, donnera de nouvelles indications sur la manière dont Washington entend définir son leadership économique mondial. Le commerce sera probablement considéré d’abord comme un instrument de sécurité économique et de stratégie industrielle nationale plutôt que comme un pilier de la gouvernance multilatérale. Pour des puissances moyennes comme le Canada, cela renforce la nécessité de se protéger en maintenant leur engagement dans les cadres dirigés par les États-Unis, tout en développant des relations parallèles pour réduire l’exposition à des changements politiques soudains.
La Chine devrait reprendre les négociations commerciales au début de 2026, mais avec prudence. Toute avancée dans les discussions sur l’adhésion au PTPGP, qu’elle concerne la Chine, Taïwan ou d’autres candidats, aura une importance stratégique, d’autant plus que le Canada doit équilibrer opportunités économiques et considérations sécuritaires. Ottawa devrait continuer à séparer les questions commerciales et sécuritaires, en maintenant les canaux de communication sans signaler de rééquilibrage plus large.
Au niveau multilatéral, rien n’indique que l’OMC retrouvera sa fonction de règlement des différends à court terme. La résistance des États-Unis à nommer des juges à l’Organe d’appel reste forte, ce qui soulève la question de savoir si d’autres voies, telles que les accords plurilatéraux, les pactes sectoriels ou les coalitions informelles de mise en œuvre, remplaceront progressivement les procédures judiciaires multilatérales officielles. Il pourrait en résulter un système commercial plus fragmenté mais plus flexible, qui récompense l’agilité plutôt que la loyauté institutionnelle.
Cela soulève la question centrale pour 2026 : où se trouvent les gains potentiels les plus significatifs ? Le Canada pourrait obtenir des avancées grâce à des accords de libre-échange avec des blocs plus petits, des accords sectoriels élargis et un alignement plus profond avec des partenaires partageant des idées semblables. Mais dans un monde où les institutions multilatérales sont affaiblies et où l’unilatéralisme américain est accru, le résultat le plus significatif pourrait être la stabilité plutôt que l’expansion. Le défi consistera à traduire les efforts de diversification en accès prévisible aux marchés, en certitude politique et en réduction de l’exposition aux chocs commerciaux soudains, même si ces résultats ne permettent pas une croissance transformatrice. Alors que l’ACEUM entre dans sa phase la plus sensible sur le plan politique, la stratégie commerciale du Canada sera mise à l’épreuve non seulement par les accords signés, mais aussi par sa capacité à préserver un certain degré de certitude dans un système commercial mondial de plus en plus fragmenté et volatil.